Contes philosophiques

Pauvres et riches

Il était une fois un pays où il n'y avait pas de gens riches. On n'y voyait pas de princesse vêtues d’hermine et de brocard. On n'y voyait pas non plus d’opulents marchands conduisant des attelages somptueux, ni même de jeunes désœuvrés cherchant comment dépenser un argent qui brûle les doigts…  Non, rien de tout cela.

C'était un triste pays, allez-vous me dire. Je ne sais pas, car dans ce pays il n'y avait pas non plus de gens pauvres.

Histoire inédite de Michel Piquemal

Le seau de cailloux (1 narrateur)

Un célèbre consultant en ressources humaines démarra un jour un séminaire de gestion du temps avec quelques objets devant lui. Quand les participants furent tous installés, il prit sans dire un mot un grand bocal vide et le remplit à ras bord avec des pierres d'environ 5 cm de diamètre. Il demanda ensuite aux participants si le bocal était plein. Tout le monde fut d'accord pour dire que c'était bien le cas. Le consultant prit ensuite une boite pleine de petits cailloux et les versa sur les pierres. En secouant le bocal, les cailloux remplirent les vides entre les pierres. Il reposa la même question aux participants. Ceux-ci rigolèrent, et dirent que cette fois le bocal était vraiment plein. Il prit alors une boite pleine de sable et la versa dans le bocal. Bien sûr le sable s'infiltra et remplit tout l'espace disponible.

A ce moment-là, il procéda à un tour de table pour demander à chacun des participants quelle était à ses yeux la véritable leçon à tirer de cette expérience. La plupart d'entre eux étaient des cadres de haut niveau appartenant à d'importantes entreprises multinationales. Aussi se fendirent-ils tous assez logiquement d'une belle tirade d'où il ressortait le plus souvent qu'en se pressant soi-même suffisamment le citron, on pouvait remplir sa journée avec beaucoup plus de choses qu'il n'y paraît au premier abord...

Après avoir remercié tout le monde pour sa contribution, le consultant reprit :

"Maintenant, je voudrais que vous vous imaginiez que ce bocal représente votre vie. Les pierres représentent les choses importantes: votre partenaire, vos enfants, votre santé, votre activité - les choses qui, si rien d'autre n'existait, feraient que votre vie serait quand même remplie. Les cailloux représentent les autres choses qui, sans être les plus importantes, comptent tout de même dans votre échelle de valeurs, telles votre emploi actuel, votre statut social, votre maison, votre voiture. Le sable, quant à lui, représente tout le reste, toutes les petites choses sans importance. Si vous commencez par remplir le bocal avec du sable, il n'y aura plus de place pour rien d'autre. La même chose est valable pour votre vie : si vous dépensez trop de temps et d'énergie sur les petites choses, il n'y aura plus de place pour les choses importantes. Demandez-vous d'abord ce qui compte vraiment pour vous, puis efforcez-vous d'y porter la plus grande attention. Ainsi, jouer avec vos enfants, prendre le temps de passer une visite médicale annuelle, aller dîner au restaurant avec votre partenaire peuvent représenter un bon début de programme de gestion du temps. Ainsi, il vous restera toujours assez de temps pour gérer votre carrière, nettoyer la maison, donner une soirée, ou vous amuser. Occupez vous avant tout des choses qui comptent vraiment. Le reste n'est que du sable."

L'éléphant de Bagdad 

Des voyageurs venant d'Inde avaient amené un éléphant à Bagdad, et on l'avait mparqué dans une étable obscure. La population, désireuse de savoir à quoi ressemblait un tel animal, se précipita dans les tables. Ne pouvant le voir avec leurs yeux, les visiteurs tâtèrent l'animal avec leurs mains. L'un d’eux toucha la trompe et dit :

-  Cet animal ressemble à un très long tuyau !

Un autre qui lui touchait les oreilles s'écria :

-  On dirait plutôt un grand éventail !

Un troisième qui lui caressait une patte s'exclama :

- Mais non, ce qu'on appelle éléphant est semblable à une grosse colonne !

Et chacun d'eux décrivait l'éléphant à sa manière, suivant la partie du corps qu'il touchait.

Mais s'il avait eu une chandelle, leurs avis n'auraient sans doute pas concordé pour autant. car nos yeux nous trompent aussi souvent que le bout de nos doigts…

D'après le poète mystique persan Rûmi ( 1207- 1273)

Le pêcheur et l’homme d’affaires 

Un Américain complimente le pécheur mexicain sur la qualité de ses poissons et lui demande combien de temps il lui a fallu pour les capturer.

- Pas très longtemps, répond le Mexicain.

- Mais alors, pourquoi n'êtes-vous pas resté en mer plus longtemps pour en attraper plus ? demande l'américain.

Le Mexicain répond que ces quelques poissons suffiront à subvenir aux besoins de sa famille. L'Américain demande alors : 

- Mais que faites-vous le reste du temps » ?

- Je fais la grasse matinée, je pêche un peu, je joue avec mes enfants, je fais la sieste avec ma femme. Le soir je vais au village voir mes amis. Nous buvons du vin et jouons de la guitare. J'ai une vie bien remplie, répond le mexicain.

L'américain l'interrompt :

- J'ai un MBA de l'université de Harvard et je peux vous aider. Vous devriez commencer par pêcher plus longtemps. Avec les bénéfices dégagés, vous pourriez acheter un plus gros bateau. Avec l'argent que vous rapporterait ce bateau, vous pourriez en acheter un deuxième et ainsi de suite jusqu'a ce que vous possédiez une flotte de chalutiers. Au lieu de vendre vos poissons à un intermédiaire, vous pourriez négocier directement avec l'usine, et même ouvrir votre propre usine. Vous pourriez alors quitter votre petit village pour Mexico City, Los Angeles, puis peut être New York, d'ou vous dirigeriez toutes vos affaires.

Le Mexicain demande alors :

- Combien de temps cela prendrait-il ?

- 15 à 20 ans, répond le banquier. Et après ? – Après, c'est la que ça devient intéressant, répond l'Américain en riant. Quand le moment sera venu, vous pourrez introduire votre société en bourse et vous gagnerez des millions.

- Des millions ? Mais après ?

- Après, vous pourrez prendre votre retraite, habiter dans un petit village côtier, faire la grasse matinée, jouer avec vos enfants, pêcher un peu, faire la sieste avec votre femme, et passer vos soirées a boire et à jouer de la guitare avec vos amis.

Le meilleur souhait (2 personnages) 

Un pêcheur réputé pour sa sagesse ramena un jour dans ses filets une lampe magique. Lorsqu'il enleva le bouchon, un bon génie en fut libéré et lui proposa d'exaucer 3 de ses souhaits. Le pêcheur réfléchit et commença :

- Voici mon premier souhait. Je voudrais que tu me rendes assez sage et intelligent de sorte que je fasse un choix parfait pour les deux souhaits suivants.

- C'est  accordé, lui déclara le génie. Quels seront donc tes deux autres souhaits ?

Le pêcheur réfléchit un moment, puis dit :

- Merci. Tu m'as ouvert les yeux. Je n'ai pas d'autres souhaits.

L'enfer et le paradis (2 personnages) 

Un samouraï se présenta un jour devant le maître zen Hakuin  et lui demandera :

-  Y a-t-il réellement un enfer et un paradis ?  Et s'ils existent, où se trouve donc leurs portes ?

Hakuin le dévisagea puis lui demanda :

- Qui es-tu donc pour poser semblable question ?

-  Je suis un samouraï, le premier des samouraïs…

-  Toi, un samouraï ? répliqua sur un ton méprisant le maître. Tu ressembles plutôt à un mendiant.

Rouge de colère, le samouraï dégaina son sabre…

- Ah bon, tu as même un sabre ? Mais tu es sûrement trop maladroit pour me couper la tête…

Hors de lui, le guerrier leva son sabre pour frapper le maître. Mais à cet instant Hakuin murmura :

- Ici s'ouvrent les portes de l'enfer.

Décontenancé par la tranquille assurance du moine, le samouraï remit l'épée dans son fourreau et s'inclina.

- Ici s'ouvrent les portes du paradis, lui dit alors le maître.

Conte du maître zen Hakuin, 18e siècle

Les riches et les pauvres (2 personnages)   

C'était la famine. Mais tout le monde ne mourrait pas de faim pour autant : les riches avaient pris soin de remplir leur grenier de blé d'huile et de légumes secs. Khadija dit alors à Nasreddine, son mari :

- La vie dans le village est devenue intolérable : la moitié des gens est très riche, pendant que l'autre moitié n'a pas de quoi manger. Si toi qui es respecté de tous tu arrivais à convaincre les premiers de partager leurs richesses, alors tout le monde vivrait heureux.

-  Tu as absolument raison, femme, j'y vais de ce pas.

Nasreddine quitta la maison et ne revint que le soir, complètement épuisé.

- Alors, lui demanda Khadidja avec impatience, tu as réussi ?

- A moitié.

- Comment cela, à moitié ?

- Oui, j'ai réussi à convaincre les pauvres.

Conte  de Nasreddine le Hodja

Le double pour tes voisins (2 personnages) 

Zeus, le dieu qui régnait sur tous les dieux grecs, se promenait sur la terre pour voir comment les hommes s'y comportaient. Il arriva dans un petit village où semblaient régner la discorde et la haine. Dans un champ, il aperçut un laboureur qui trimait, poussant péniblement le soc d'un misérable araire. Voulant enseigner dans ces lieux un peu de générosité, il lui dit :

- Je suis le grand Zeus, toutes les choses sont en mon pouvoir. Demande-moi ce que tu veux et je te l'obtiendrai. Mais sache une chose : pour ce que tu me demanderas, j'en donnerai le double à tes voisins. Si tu me demandes 100 pièces d'or, je leur en offrirai 200…

Le laboureur se pinça les lèvres et réfléchit, puis, avec un méchant sourire, il lança :

- Crève-moi un œil !

D'après un conte populaire universel

Le renard et le lion (2 personnages)  

Depuis des années, le renard n'avait cessé de berner le lion grâce à ses ruses. Mais, un jour, le lion réussit à le coincer à l'entrée d'une grotte.

Cette fois, lui assura-t-il, te voilà pris ! Pourtant je veux bien te laisser une petite chance. Depuis toujours, tu m'as raconté des mensonges qui ressemblaient à des vérités, et c'est ainsi que tu m'as piégé. Dis-moi cette fois une vérité qui ressemble à un mensonge, mais que je puisse vérifier sur le champ... Si c'est bien une vérité, je te laisse la vie sauve, sinon je te croque sans tarder. Le renard se savait pris, mais il voyait bien que le lion voulait cette fois être le plus malin. Il était là sur son propre terrain, celui de la ruse. Il réfléchit un instant, puis murmura :

- La vérité, c'est que tu vas me manger !

Le lion resta bouche bée, essayant de faire fonctionner sa petite cervelle : pour que ce soit une vérité, il fallait qu'il le mange. Mais il avait promis de ne pas le dévorer s'il disait une vérité. Que faire ? Comme tout cela lui paraissait soudain bien compliqué ! Profitant de sa confusion, le renard se glissa entre ses pattes et fila vers son terrier. Le lion demeurra seul à l'entrée de la grotte, et sa cervelle essayait encore et toujours d'y voir clair dans ce casse-tête.

Il n'avait pas mangé le renard. Celui-ci lui avait donc dit un mensonge et non une vérité. Il aurait donc dû le dévorer. Mais s'il l’avait dévoré, cela aurait été une vérité, et c'est lui qui aurait manqué à sa parole. Où est la vérité et où est le mensonge ? Se peut-il qu'il y ait des vérités qui soient des mensonges ?

D’après une légende indienne

L’âne sensé (2 personnages)  

Un âne travaillait pour son maître dans un champ lorsque la guerre éclata. L'ennemi arriva aux abords de la maison et le mettre voulut partir avec son âne.

- Vite, lui dit-il, il nous faut fuir !

Mais l’âne refusait de bouger. Le maître l'exhorta :

- L'ennemi est à nos portes. il ne faut partir avant qu'il ne te capture.

Mais l’âne lui répliqua :

- Que m’importe d'être capturé ? Que m'importe qui sera mon nouveau maître ? Je porte déjà un bât sur mon dos. Crois-tu donc qu'il me chargera de deux ?

D'après la fable l'âne censé du fabuliste latin Phèdre

Le loup et le chien (2 personnages) 

Un loup affamé errait dans la forêt en quête de nourriture, lorsqu'il se trouva face à face avec un grand chien aussi puissant que beau. Il l’aurait bien attaqué, mais le dogue était de haute taille. Aussi le loup préféra l'aborder humblement. Il lui fit même des compliments sur son beau pelage et son embonpoint.

-  Il ne tient qu'à toi d'avoir ma bonne mine, lui répliqua le chien. quitte tes semblables, abandonne ces forêts où tu meurs de faim et viens me rejoindre.

-  Mais que me faudra-t-il faire ?

-  Bien peu de choses : donner la chasse aux mendiants, flatter notre maître. Il te donnera en échange autant de nourriture que de caresses.

Le loup, dont la faim tenaillait le ventre, n'en croyait pas son bonheur. Et sans plus attendre, il se mit en route avec le dogue. Mais chemin faisant, il aperçut le coup pelé du chien.

-  Qu'est-ce là ? lui demanda-t-il.

-  Oh rien pas grand-chose !

-  Mais encore ?

-  C'est à cause du collier avec lequel je suis attaché…

-  Attaché ! dit le loup. Tu ne cours donc pas où bon te semble ?

-  Pas toujours, mais qu'importe !

-  Cela m’importe bien plus que tout au monde point et pour ce prix-là, je te laisse tes repas, et même les plus grands trésors.

Sur ces mots le loup s'enfuit vers la forêt où l'on prétend qu'il rôde encore

D'après le poète français Jean de La Fontaine (1621- 1695) “ le loup et le chien”

Conte de la barrière  (2 personnages)

Il était une fois un garçon avec un sale caractère. Son père lui donna un sachet de clous et lui dit d'en planter un dans la barrière du jardin chaque fois qu'il perdrait patience et se disputerait avec quelqu'un. Le premier jour il en planta 37 dans la barrière. Les semaines suivantes, il apprit à se contrôler, et le nombre de clous plantés dans la barrière diminua jour après jour : il avait découvert que c'était plus facile de se contrôler que de planter des clous.

Finalement, arriva un jour où le garçon ne planta aucun clou dans la barrière. Alors il alla voir son père et il lui dit que pour ce jour il n'avait planté aucun clou. Son père lui dit alors d'enlever un clou dans la barrière pour chaque jour où il n'aurait pas perdu patience. Les jours passèrent et finalement le garçon pu dire à son père qu'il avait enlevé tous les clous de la barrière. Le père conduisit son fils devant la barrière et lui dit :

"Mon fils, tu t'es bien comporté mais regarde tous les trous qu'il y a dans la barrière. Elle ne sera jamais comme avant. Quand tu te disputes avec quelqu'un et que tu lui dis quelque chose de blessant, tu lui laisses une, blessure comme celle là. Tu peux planter un couteau dans un homme et après lui retirer, mais il restera toujours une blessure. Peu importe combien de fois tu t'excuseras, la blessure restera. Une blessure verbale fait aussi mal qu'une blessure physique.’’

Le pont des menteurs (2 personnages) 

Un riche marchand était parti voir un cousin dans une contrée éloignée. Mais, tandis que celui-ci lui faisait visiter le pays, il ne cessait de lui rebattre les oreilles avec les beautés extraordinaires de son propre lieu de naissance.

- Me croiras-tu ? disait-il. Chez nous, les oranges sont grosses comme des pastèques et le climat est si doux qu'on fait parfois trois récoltes par an...

Le cousin hochait la tête.

- ... Quant à notre blé, c'est une vraie merveille. Ses tiges dépassent parfois le toit des maisons !

- Cela ne m'étonne pas, lui répliqua son cousin. Il y a dans tous les pays des choses inouïes. Tu vois le pont sur lequel nous allons bientôt passer ? Il a une propriété magique. Si un menteur marche dessus, il le précipite dans les flots.

- Mais, balbutia le marchand, comment est la rivière en dessous ?

- C'est un torrent terrible et impétueux. Mais parle-moi encore des blés de ton pays. Plus haut que des maisons, me dis-tu ?

- Oh, pas tous, certains épis seulement. Mais très grands en tout cas.

- Comme c'est surprenant ! Quant à notre pont, pas plus tard que la semaine passée, il a précipité dans les flots un collecteur d'impôts et son équipage.

- Qu'en est-il advenu ?

- Je ne sais pas. On n'a  toujours pas retrouvé leurs dépouilles. Mais parle-moi plutôt des oranges de ton pays. Grosses comme des pastèques, me dis-tu ? C'est aussi fabuleux que notre pont des menteurs !

- A propos de ce pont, demanda le marchand, y a-t-il un autre moyen de passer le torrent ? Nous avons des chevaux puissants, pourquoi ne traverserions-nous pas à gué ?

D'après la fable de l'écrivain russe Ivan Andreïevitch Krylov

Les trois tamis (2 personnages ou +)

Un jour, un homme va trouver le philosophe Socrate et lui dit :

-  Ecoute, Socrate, il faut que je te raconte comment ton ami se conduit.

-  Je t'arrête tout de suite, répondit Socrate. As-tu songé à passer ce que tu as à me dire au travers des trois tamis ?

Et comme l'homme le regardait d'un air perplexe, il ajouta :

- Oui, avant de parler, il faut toujours passer ce qu'on a à dire au travers des trois tamis. Voyons un peu ! Le premier tamis est celui de la vérité. As-tu vérifié que ce que tu as à me dire est parfaitement exact ?

-  Non, je l'ai entendu raconter et…

-  Bien ! Mais je suppose que tu l'as au moins fait passer au travers du second tamis, qui est celui de la bonté. Ce que tu désires me raconter, est-ce au moins quelque chose de bon ?

L'homme hésita, puis répondit :

-  Non, ce n'est malheureusement pas quelque chose de bon, au contraire…

- Hum !  dit le philosophe. Voyons tout de même le troisième tamis. Est-il utile de me raconter ce que tu as envie de me dire ?

-  Utile ? Pas  exactement…-

-  Alors, n'en parlons plus ! dit Socrate. Ce que tu as à me dire n'est ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère l'ignorer. Et je te conseille même de l'oublier…

Fable du philosophe grec Socrate (5e-4e siècle avant notre ère)

Le cheval d’Al-Mamum (2 personnages ou +)

Le  calife de Bagdad, nommé Al-Mamum,  possédait un magnifique cheval arabe. Un membre d'une tribu, nommé Omah, était désireux d'acheter ce cheval. Il offrit plusieurs chameaux en échange, mais Al-Mamum ne voulait pas se départir de son cheval. Cela rendit Omah tellement furieux qu'il décida d'acquérir le cheval par la ruse.

Informé que le calife devait passer à cheval sur une certaine route, il se coucha le long de celle-ci, déguisé en mendiant très malade. Or Al-Mamum était un homme au cœur tendre. A la vue du mendiant, il fut pris de pitié, descendit de cheval et offrit à l'homme de l'emmener. Il le souleva doucement, le plaça sur son cheval, avec l'intention de monter avec lui. Mais dès qu'il fut en selle, le faux-mendiant partit au galop tandis que le calife courait après lui et lui criait d'arrêter. Quand il fut à une distance suffisante de son poursuivant, le voleur s'arrêta et regarda en arrière pour entendre ce que disait le calife.

- Tu m'as dérobé mon cheval, cria Al-Mamum, j'ai une faveur à te demander.

-  Laquelle ? cria l'autre.

-  Que tu ne dises à personne comment tu as acquis ce cheval.

-  Et pourquoi ?

-  Parce qu'un jour, quelqu'un de réellement malade peut être couché le long de la route et, si ton stratagème est connu, les gens passeront près de lui sans lui porter secours.

Anthony de Mello

L'écho de nos paroles (2 personnages + 1)

Un jeune berger emprunta un jour un nouveau sentier avec son troupeau. Il lui sembla alors entendre le bruit de sonnailles d'un autre troupeau. Cela le remplit de joie, car il avait bien envie de se faire un ami. Il appela :

- Qui est là ?

Et il entendit aussitôt d'autres voix répondre :

- Qui est là ? Qui est là ? Qui est là ?

Il y avait donc d'autres bergers comme lui dans la vallée. Il s'écria alors:

- Où êtes-vous, je ne peux pas vous voir !

Et les voix répondirent : ‘’Pas vous voir ! Pas vous voir ! Pas vous voir !’’

Cela le mit en colère. Les autres bergers se cachaient et se moquaient de lui. Il leur cria :

- Montrez-vous, imbéciles !

Et les voix répondirent : ‘’Imbécile ! Imbécile ! Imbécile !’’

Cela lui fit un peu peur. Il n'était pas de taille à lutter contre tous ces bergers. Il rassembla bien vite son troupeau et rentra à la maison. Son grand-père, le voyant revenir tout en sueur, le questionna :

- Qu'y a-t-il, mon petit ? On dirait que tu as vu le diable dans la vallée !

Le jeune garçon lui raconta sa mésaventure. et lui parla de tous les bergers qui se cachaient, prêts à l'attaquer. Le grand-père compris que l'enfant s'était fait peur tout seul, en entendant l'écho de sa propre voix... et il le rassura :

- Ces bergers-là ne te veulent pas de mal. Ils attendent seulement de toi une phrase amicale. Demain, lorsque tu retourneras dans les pâturages, commence par leur dire bonjour.

Le lendemain, lorsqu'il atteignit le fond de la vallée, le jeune berger cria joyeusement Bonjour !

Et l’écho répondit : ‘’Bonjour ! Bonjour ! Bonjour !’’

Il ajouta :

- Je suis votre ami !

Et l’écho répondit : ‘’Ami ! Ami ! Ami !’’

Alors la peur quitta le cœur de l'enfant. il comprit que chaque fois qu'il disait des paroles gentilles, les voix lui répondaient de même. Et lorsqu'il devint adulte, il garda toujours en mémoire cette leçon.

Le voleur de hache (2 personnages ou +)

Un paysan ne retrouvait pas sa hache.  Il soupçonna alors le fils de son voisin de la lui avoir prise et se mit à l'observer. Son allure était typiquement celle d'un voleur de hache. Son visage était celui d'un voleur de hache. Les paroles qu'il prononçait ne pouvaient être que des paroles de voleur de hache. Toutes ces attitudes et tous ces comportements trahissaient l'homme qui a volé une hache

Mais par hasard, en déplaçant un tas de bois, le paysan retrouva sa hache.

Lorsque le lendemain il regarda de nouveau le fils de son voisin, celui-ci ne présentait rien ni dans l'allure, ni dans l'attitude, ni dans le comportement, qui évoquât un voleur de hache.

Parabole chinoise attribuée à Lie Yuku

L’avare (2 personnages) 

Un homme très avare avait converti toute sa fortune en un gros lingot d'or. Afin de pouvoir l'admirer, il l'avait descendu au fond d'un puits et, tous les soirs, il le remontait avec une corde pour le caresser des mains et des yeux. Hélas, un voleur repéra son manège, et un matin, l'avare ne retrouva plus son bien.

Le pauvre homme crut bien en mourir. Il se lamentait et s'en arrachait les cheveux de désespoir. mais un voisin, ayant appris la cause de son malheur, lui suggéra :

- Peins donc un gros caillou de la couleur de l'or et accroche-le à la place. Cela te fera le même effet puisque jamais tu ne dépensais un denier. A quoi sert donc d'avoir de l'or si l'on n’en fait pas usage ?

D'après la fable l'avare du fabuliste grec Ésope 6e siècle avant notre ère

La perle précieuse (2 personnages ou +)

On raconte en Inde qu'un sage marchait un soir le long des plages de l'océan et qu'il arriva devant un petit village de pêcheurs. il le traversait en chantant et sans éloigner pour continuer son chemin, lorsqu'un homme se mit à courir après lui.

- S'il vous plaît, s'il vous plaît arrêtez-vous ! Donnez-moi la perle précieuse !

-  De quelle perle parlez-vous ?

-  Celle que vous avez dans votre sac point cette nuit. J'ai rêvé qu'aujourd'hui que je rencontrerais un grand sage et qu'il me donnerait la perle précieuse qui me rendra riche jusqu'à la fin de mes jours.

Le sage s'arrêta. Il ouvrit son sac et en sortit effectivement une belle perle, elle était énorme et elle brillait de mille feux.

- Sur la grève, tout à l'heure,  j'ai aperçu cette grosse boule. Je l'ai trouvée jolie et je l'ai mise dans ma besace. Ce doit être la perle rare dont tu parles. Prends-la, elle est à toi.

Le pêcheur était fou de joie. Il saisit la perle et partit en dansant, tandis que le sage s'allongeait sur le sable pour y passer la nuit. Mais dans sa hutte, le pêcheur ne dormait pas. Il se tournait et se retournait sur sa couche. Il avait peur qu'on lui vole son bien. De toute la nuit, il ne put trouver le sommeil. Aussi, au petit matin, il prit la perle et partit rejoindre le sage.

- Je te rends cette perle, car elle m'a procuré plus d'inquiétude que de richesse. Apprends-moi plutôt la sagesse qui t'a permis de me la donner avec autant de détachement. Car c'est cela la vraie richesse.

Conte hindouiste

Les deux frères (2 personnages + 1 narrateur)

Deux frères cultivaient ensemble un lopin de terre et sans partager la récolte. Un soir qu'il venait chacun dans Granger leur part, l'un des frères se réveilla et se dit :

- Mon frère est marié et il a deux enfants. Cela lui cause des soucis et des dépenses qui me sont épargnés. Il a donc plus besoin de ce grain que moi. je m'en vais lui porter quelques sacs en cachette. Car je sais bien que si je le lui ai proposé, il refuserait.

Il se leva, porta quelques sacs dans la grange de son frère et retourna se coucher. Mais l'autre frère se réveilla peu après elle se dit :

- Il n'est pas juste que j'ai la moitié du blé de notre champ.  Mon frère ne connaît pas les joies de la vie de famille, il a besoin de sortir et de se divertir autant de choses qui coûtent cher je vais donc lui porter une partie de mon blé.

Et il se leva pour transporter quelques sacs de blé dans la grange voisine.

Le lendemain matin, chacun des frères fut stupéfait, car dans sa réserve, il y avait la même quantité de sac de grains que la veille.

Tous les ans, au moment de la récolte, il recommençait. Et jamais ils ne purent comprendre par quel sortilège leur nombre de sacs étaient toujours identiques.

Les bons côtés du malheur et les mauvais côtés du bonheur  (5 personnages ou +)

Lors d'un marché de printemps, un paysan chinois avait fait l'achat d'une superbe pouliche. Toutes ses économies y était passé. Hélas, à peine l’eût-il mise dans l'enclos que, la nuit même, elle sautait la barrière et s'enfuyait en direction de la frontière des Moghols, avec qui les Chinois n'étaient pas en très bons termes. Il n'était même pas question de songer à courir à sa recherche.

Tous les voisins vont pour le consoler. Mais ce paysan était un sage et il savait traverser l'adversité avec philosophie.

- Des nuages dans le ciel apportent parfois une pluie bénéfique pour les cultures. D'un malheur naît parfois du bonheur. Laissons faire la vie ! Qui sait ce qu'il en adviendra ?

Effectivement, quelques jours plus tard, la pouliche rentra, accompagnée d'un superbe étalon moghol. Tout le village défila pour l'admirer et féliciter le paysan pour sa bonne fortune.

- Une chance, peut-être ! Mais qui connaît le fond des choses ? Le soleil qui nous éclaire peut aussi nous brûler. L'avenir hélas lui donne raison. Son fils s’enticha de l'étalon et il passa des heures à tenter de le dresser pour le monter. Mais l'animal était fougueux. D'une ruade, il envoya à terre le fils qui se brisa une jambe. Les voisins vont à son chevet... Et les propos allaient bon train sur la malchance du paysan. On était tout près de la moisson. Avec sa jambe cassée, son fils ne pourrait guère l'aider. Mais le paysan leur répondit avec sagesse :

- Ce monde n'est qu'un perpétuel changement. Qui sait si les calamités ne deviennent pas des bénédictions ? Songez à la lave des volcans qui dévastent tout mais nous donne un limon fertile.

Avant même la récolte, la guerre éclata avec les Mongols. Tous les jeunes hommes furent mobilisés, sauf bien sûr le fils des paysans coucher au fond de son lit. Il fut l'un des seuls à survivre au massacre de la guerre... une jambe cassée lui sauva la vie !

D'après un compte chinois

Le coq ou la poule (2 personnages + 1)

Un jour, deux étudiants se disputaient à propos d'un volatile qu'ils avaient acheté au marché. L'un disait que c’était une poule et l'autre prétendait que c'était un coq. Comme ils étaient aussi têtu l'un que l'autre, la discussion n'en finissait pas. Finalement, l'un des deux proposa :

- Mettons cette volaille dans le poulailler, Nous la mangerons dimanche. D'ici là nous verrons bien si c'est un coq ou une poule.

La nuit passe est, au petit matin, on entend en provenance du poulailler un magnifique cocorico.

- Tu as entendu, lance le premier étudiant.

- Oui, répond le second, c'est incroyable ! si je ne l'avais pas entendu de mes propres oreilles, jamais je n'aurais cru qu'une poule puisse pousser des cocorico !

D'après un conte juif

Sans cligner des yeux (2 personnages + X guerriers)

Au moyen-âge, une guerre ravagea l'ancien Japon. Durant ces affrontements meurtriers, une armée envahit une ville qui était restée fidèle à son Seigneur. Tous les habitants avaient fui, y compris les moines du temple zen. Seul le vieux maître était resté. Quand le général rebelle pénétra dans le temple il fut reçu d'un ton glacial. Furieux, il porte à la main à son sabre et lança au vieux maître :

- savez-vous que vous avez face à vous un homme capable de vous pourfendre sans même cligner des yeux ?

- Et vous, réplique à le mettre avec calme, savez-vous que vous avez face à vous un homme prêt à être pourfendu sans même qu'il y ait des yeux ?

Le général prit le temps de réflexion puis il s'inclina et se retira.

Les deux moines et la jeune fille (3 personnages)

Deux moines zen s'apprêtaient à traverser une rivière à gué lorsqu'arriva une belle jeune fille. Elle aussi souhaitait traverser mais elle était effrayée par la violence du courant. Alors l'un des moines la prit en souriant sur ses épaules et la porta de l'autre côté de la rivière.

Son compagnon fulminait : un moine ne doit pas toucher le corps d'une femme…  Et tout le long du trajet, il ne desserra plus les dents. Deux heures plus tard, lorsqu'ils arrivèrent en vue du monastère, il lui annonça même sur un ton de reproche qu'il allait informer leur maître de ce qui s'était passé :

-  Ce que tu as fait est honteux et interdit par notre règle !

Son compagnon s’étonna :

-  Qu'est-ce qui est honteux ? Qu'est-ce qui est interdit ?

-  Comment ? Tu as oublié ce que tu as fait ? Tu ne t'en souviens donc pas ? Tu as porté une belle jeune fille sur tes épaules !

-  Ah oui, se souvint le premier en riant, tu as raison. Mais il y a deux bonnes heures que je l'ai laissée sur l'autre rive, tandis que, toi, tu la portes toujours sur ton dos !

conte zen

Un partage équitable (3 personnages ou +)

Deux frères avaient à se répartir les biens de leur père mort, mais il n'arrivait pas à se mettre d'accord. Des avocats et des juges s'en étaient mêlés. Aucun n'était parvenu à leur trouver un arrangement. On alla donc voir un homme réputé pour sa sagesse, et on lui exposa le problème.

- C'est fort simple, leur dit-il. Que l'aîné partage les biens en deux parts, et que le cadet choisisse en premier. De la sorte, aucun des deux ne pourra se sentir lésé.

Sa procédure parut si astucieuse qu’on prit désormais l'habitude de l'appliquer chaque fois qu'il y avait un litige.

D'après un conte français

Le perroquet du marchand (3 personnages + 2 ou 3)

Un jour le marchand décida d’aller voyager en Inde et demanda aux siens quels cadeaux ils aimeraient qu’il leur rapporte de son voyage… Quand il posa cette question à son perroquet, celui-ci répondit :

- En Inde il y a beaucoup de perroquets. Va les voir de ma part. Décris leur ma condition, ici, dans cette cage dorée. Dis-leur : « Mon perroquet pense à vous avec une immense nostalgie. Il vous salue. Croyez-vous que ce soit juste qu’il soit prisonnier tandis que vous, vous volez dans des jardins de roses ? Il vous demande de penser à lui tandis que vous vous ébattez avec joie au milieu des fleurs ».

Arrivé en Inde, le marchand se rendit dans un lieu ou il y avait des perroquets. Mais à peine eut-il communiqué les paroles de son perroquet, que l’un des oiseaux tomba à terre sans vie. Le marchand en fût très surpris et se dit : «Ceci est très étrange. J’ai causé la mort d’un perroquet. Je n’aurais jamais dû lui transmettre ce message ».

Puis quand il eut terminé les achats de souvenirs pour les siens, il s’en retourna chez lui le cœur plein de joie. Il distribua les cadeaux à ses serviteurs et à ses femmes. Le perroquet lui dit :

- Raconte-moi ce que tu as fait afin que moi aussi je sois content.

A ces mots le marchand commença à se plaindre et à exprimer sa tristesse :

- Quand j’ai rapporté tes mots à tes amis, l’un d’entre eux est tombé à terre sans vie, et c’est pour cela que je suis triste.

A ce moment là le perroquet du marchand tombe aussi dans sa cage, inanimé. Le marchand, extrêmement triste, se mit à crier :

- Oh, mon perroquet au langage si doux. Oh, mon ami qu’est il donc arrivé ? Tu étais un si bel oiseau ! J’ai perdu mon trésor.

Après avoir pleuré longtemps, le marchand ouvrit la cage et jeta le perroquet par la fenêtre. Immédiatement, celui-ci pris son envol et alla se poser sur la branche d’un arbre. Le marchand, encore plus surpris, lui dit :

- Explique-moi ce qui se passe.

Le perroquet répondit :

- Vois-tu, mes frères m’ont transmis par ta bouche le moyen de me libérer. Je vais pouvoir aller les rejoindre, car je suis enfin libéré de ma cage dorée.

D’après le poète persan Rûmi (1207-1273), le Mesnevi

Le berger qui criait au loup (5 personnages ou +)

Il était une fois un berger qui aimait faire des farces. Lorsqu'il gardait ses bêtes tout en haut des pâturages, il se mettait à crier :

- Au secours, aidez-moi ! Les loups attaquent mon troupeau ! Au loup ! Au loup !

Les villageois s'armaient de fourche et de bâtons et accouraient sans tarder pour le défendre. Et le berger riait, riait...

Il leur fait cette farce à plusieurs reprises...

Vint un jour où les loups attaquèrent vraiment son troupeau. Comme à l'accoutumée, il se mit à crier :

- Au loup ! Au loup !

Mais personne ne bougea. Personne ne vint à son aide. Et, ce jour-là, il perdit toutes les bêtes de son troupeau.

D'après un conte du folklore français

Le jeu d'échecs  (3 personnages + 3) 

Le jeu d'échecs fut inventé au 6e siècle, par le précepteur d'un prince hindou. Le roi trouva ce jeu si astucieux et si merveilleux qu'il décida aussitôt de récompenser le précepteur pour cette extraordinaire invention :

- Demande-moi ce que tu veux, lui proposa-t-il, je te le donnerai.

Le précepteur trouva l'offre du prince si présomptueuse qu'il décida de lui donner une leçon.

- Je ne te demande pas grand-chose, dit-il. Tu vois cet échiquier. Il contient 64 cases. Pose simplement un grain de riz sur la première case, deux sur la deuxième, 4 sur la 3e... et ainsi de suite en doublant chaque fois le nombre de grains.

Cette requête parut au prince bien modeste. Et pourtant, lorsqu'il en parla à ces mathématiciens, ceux-ci lui expliquèrent qu'aucun souverain au monde ne pourrait donner pareille quantité de riz, évaluée à quelque 18 446 744 073 709 551 615 grains. La production de la terre entière ne suffirait pas.

Les princes de ces temps-là avaient bien de la chance d'avoir des précepteurs aussi sages et avisés.

D'après la tradition asiatique

Le chien sage  (4 personnages ou +)

Un jour, un chien, réputé dans le monde des chiens pour être un sage, passa dans un lieu où était assemblée toute une compagnie de chats. Ceux-ci était si occupés à écouter religieusement l'un d'entre eux, qu'ils ne le remarquèrent même pas. Aussi s'arrêta-t-il pour entendre l'orateur. C'était un grand chat sérieux. Il parlait avec beaucoup de  solennité :

-  Frère, disait-il, priez et priez encore. En vérité, je vous le dis, si vous priez avec suffisamment de foi, bientôt il pleuvra du ciel des souris.

Cela fit beaucoup rire le chien. Il s'éloigna en se disant :

- Vraiment, ces chats sont aveugles et insensés ! Ce n'est pas cela qui a été écrit. Je l'ai appris dans les livres et mes ancêtres l'ont appris avant moi. Si l'on prie, et si l'on prie avec suffisamment de foi, ce ne sont pas des souris qu'il pleuvra, mais de bons gros os garnis de moelle.”

D’après la fable ‘’Le chien sage’’ de Khalil Gibran

Le derviche et l'éléphant du roi (6 personnages ou +)

Le roi avait un éléphant qu’il aimait beaucoup. Il le laissait libre de courir où il voulait, et cet éléphant saccageait sans vergogne les plantations des paysans. Ceux-ci était excédés, mais n'osait pas se plaindre. Un jour, pourtant, ils allèrent retrouver un derviche respecté pour sa sagesse :

- Toi qui sais parler, lui dire t-il, aide-nous ! Va supplier le roi d'attacher son éléphant qui détruit nos récoltes.

Le derviche réfléchit. Ce qu'on lui demandait n'était pas chose facile. Le roi n'avait pas bon caractère et une telle requête risquait de le mettre en colère. Pourtant finalement, il accepta :

- D'accord ! Je parlerai pour vous, mais vous viendrez avec moi et vous me soutiendrez.

- Bien sûr, nous viendrons avec toi pour te soutenir !

Le lendemain, il se présenta devant le roi accompagné de sa délégation.

- Qu'as-tu à me dire point d'interrogation demanda le roi.

- Ton éléphant se promène partout, dans les champs et les vergers...

- Et alors ! tonna le roi fâché.

Le derviche se retourna vers la délégation pour chercher un soutien mais tous les paysans terrorisés baissaient la tête.

- Alors ? cria le roi.

- Alors nous avons pensé que le pauvre doit s'ennuyer tout seul. On s'est dit qu'il faudrait lui trouver une éléphante pour l'accompagner dans ses promenades.

- Excellente idée, tu es un sage ! Excellente idée ! Dès demain, je réparerai cet oubli et je ferai venir une éléphante.

D'après la tradition arabe

Pain sec ou beignet (3 personnages + 3-ou 4) respect– dignité – humiliation - harcèlement

Un jour, à la sortie d'une école, un homme aperçut deux enfants. l'un, qui était richement habillé, mangeait un délicieux beignet, tandis que le second, maigre et en hayons, se contentait d'un quignon de pain sec. Soudain, l'enfant affamé supplia l'autre de lui faire goûter un bout de son beignet.

- Je t'en donnerai, répliqua celui-ci, mais d'abord tu dois jouer avec moi et être mon petit chien.

L'enfant pauvre accepta. Il se laissa passer une corde au cou et fut traîné partout comme un chien de compagnie. On l’obligea à aboyer, puis à faire le beau pour avoir enfin son bout de beignet. D'autres enfants avaient vu la scène et il se mirent à jeter des pierres à l'enfant chien comme on le fait à un animal galeux. Et le pauvre enfant partit en direction de sa maison en larmes.

L'homme qui avait assisté à ses malheurs s'approcha de lui :

- Il faut parfois se contenter de pain sec, lui dit-il. Si tu t'étais montré digne, tu aurais échappé à ces mauvais traitements.

D'après un conte palestinien

Une histoire de Nasreddine : le plaisir des retrouvailles

Nasreddine avait perdu son âne.  Il s'installa au milieu du marché et se mit à crier :

- Si quelqu'un trouve mon âne, je le lui donne en récompense !

Quelqu'un s'étonna :

- Mais à quoi ça sert, si tu donnes l'âne à celui qui le ramène !

- On voit bien que tu ne connais pas le plaisir des retrouvailles, répondit Nasreddine.

Salomon visite une prison (8 personnages ou +)

Le roi Salomon est le modèle même du roi juste et bon, et ses jugements pleins d'équité sont restés célèbres depuis l'Antiquité. Un jour, dit-on, le grand roi décida de visiter les prisons de son royaume afin d'interroger lui-même les prisonniers. et à chaque prisonnier qu'on lui présentait, il posait la même question :

- Qu'as-tu fait pour que mes juges t'aient mis en prison ?

Or chaque fois, la réponse était la même :

- Ô Grand Roi je n'ai rien fait, c'est une terrible erreur judiciaire, une grande, une abominable injustice ! Mais le roi pouvait lire dans leurs yeux qu'il n'en était rien. Un seul pourtant osa lui avouer :

- Ô Grand Roi, j'ai mal agi et je mérite ma peine. Chaque nuit, le remords me hante d'avoir fait ce que j'ai fait.

Aussitôt le roi appela ses gardiens et leur ordonna avec malice :

- Faites sur le champ sortir ce dangereux criminel. Remettez le vite en liberté, car il risquerait de corrompre tous ces pauvres innocents.

D'après un conte d'orient

La musique (6 personnages ou +)

C'était un magicien de la harpe. Dans les plaines de Colombie, il n'y avait pas de fête sans lui. Pour que la fête soit une fête, José Figueredo devait être là, avec ses doigts dansants qui égayaient les airs et affolaient les jambes.

Une nuit, sur un sentier perdu, des voleurs l'ont attaqué. José Figueredo revenait d’un mariage, à dos de mule, lui sur une bulle, la harpe sur une autre, quand les voleurs se sont jetés sur lui et l'ont roué de coups.

Le jour suivant, quelqu'un l'a trouvé. Ill était allongé sur le chemin, couvert de boue et de sang, plus mort que vif. avec ce qul lui restait de voix, il a dit :

- Ils ont emporté les mules.

Et il a ajouté :

- Ils ont emporté la harpe.

Et il a repris son souffle et il a ri :

- Mais ils n'ont pas emporté la musique

Conte de Eduardo Hugues Galeano

Les raisins (5 personnages + 1 narrateur) 

Devant la grande mosquée, quatre mendiants tendaient la main, lorsqu'un homme qui en sortit leur fit l’aumône.

-  Prenez cette pièce et achetez-vous ce que bon vous semble ! leur dit-il

-  Je sais ce que nous allons faire, dit le premier qui était persan. Avec cet argent nous achèterons de l'angour que nous partagerons.

-  Non, dit le second qui était arabe. Moi je veux de l’inab.

-  Pas question, dit le 3e qui était turc. Ni angour ni inab, achetons de l'uzüm.

Le quatrième était grec, et il ne fut pas d'accord non plus.

-  Moi, ce que je veux, c'est du stafil.

Et leur dispute ne prit jamais faim. Pourtant sans le savoir, chacun dans sa langue réclamait la même chose : des raisins ! Une belle grappe à se partager pour calmer leur faim et leur soif.

Conte du poète mystique persan Rûmi (1207- 1273), fondateur de l'ordre des derviches tourneurs

Sage ou fou ? (8 personnages ou +)   

Un roi puissant et sage gouvernait la ville de Wirani. Tous le craignaient pour sa puissance et l’aimait pour sa sagesse. Or il y avait au cœur de cette ville un puits dont l'eau fraîche et cristalline alimentait toute la cité. Une nuit, alors que tout le monde dormait, une sorcière pénétra dans la ville et empoisonna le puits. Elle y versa 7 gouttes d'un liquide étrange en disant :

« Tous ceux qui boiront de cette eau deviendront fous.»

Le lendemain, tous les habitants de la ville, excepté le roi et son chambellan, burent de l'eau du puits... et comme la sorcière l'avait prédit, ils perdirent la raison.

La ville devint le théâtre des agissements les plus étranges, et le roi ne parvenait pas à calmer la population. D'autant que désormais toute la ville murmurait :

«Notre roi n'agit pas comme nous. Il est devenu fou. Nous refusons d'être gouverné par un démon. Il nous faut le détrôner.»

Aussi ce soir-là, le roi fit remplir un gobelet doré de l'eau du puits. Il en but une grande gorgée puis le passa à son chambellan qui fit de même. Et le peuple de la ville se réjouit et organisa de grandes fêtes : le roi et son chambellan avait, disait-on, recouvré la raison.

D'après un conte arabe raconté par Khalil Gibran (1883-1931)

Le serpent et les villageois (8 pers. ou +) 

Près d'un village de l'Inde vivait un énorme serpent qui terrorisait les habitants, piquant à mort ce qui passait dans les parages. Excédés, les villageois allèrent en délégation trouver un sage pour se plaindre de sa méchanceté.  Le sage se rendit à son tour auprès du serpent.  Il lui parla longuement,  lui reprochant son inconduite…  Que lui avaient donc fait les villageois ? Pourquoi tant de meurtre et de violence gratuite ? Il sut si bien trouver les mots que le serpent en fût bouleversé. Il jura de s'amender…  et il tint parole.

A compter de ce jour, il ne fut plus le même. Lui, le terrifiant reptile, devint une  sorte de long vers maigre et flasque. Il perdit toute sa force, n’osant même plus avaler la moindre limace.

Les villageois, qui avaient la mémoire bien courte, en vinrent à se moquer de sa faiblesse. C'était bien la peine d'avoir des crocs venimeux pour ne jamais en faire usage ! Les enfants, chaque fois qu'il le croisait, lui jetaient des pierres ou lui décochaient quelques coups de pied.

Au bout de plusieurs mois de cette vie, le serpent fut fatigué de tous ces coups reçus. Il se traîna non sans peine jusqu'à la maison du sage, et ce fut son tour de lui exposer ses problèmes.

- J'ai fait tout ce que tu m'avais demandé, mais j'ai l'impression de n'être plus moi-même. Les villageois ne me craignent plus, et tout le respect d’antan s'en est allé. Ils me méprisent, ils me battent, et j'en ai le cœur qui saigne. Que peux-tu me dire ?

- Ce que je peux te dire est fort simple, lui répondit le sage. Je t'ai interdit de piquer à mort les villageois sans raison. Mais t'ai-je interdit de siffler ?

Conte de l'Inde

Le tsar et la chemise (8 personnages ou +)

Dans l'ancienne Russie, il advint un jour que le tsar fut pris d'une terrible maladie. Pauvre homme ! Il n'avait plus goût à rien. La vie lui paraissait veine est gratuite. Tous les médecins du royaume se succédaient à son chevet, mais aucun ne parvenait à soigner sa mélancolie… Jusqu'au jour où un grand sage trouva enfin un remède.

- Le tsar peut être guéri, affirma-t-il. Il suffit pour cela de trouver un homme parfaitement heureux, de lui enlever sa chemise et de demander au tsar de la mettre. Alors notre souverain guérira !

Aussitôt des émissaires écumèrent le royaume à la recherche d'un homme parfaitement heureux. Mais hélas, trouver un homme content de tout semblait impossible. Celui qui était riche était malade. Celui qui était en bonne santé se plaignait de sa pauvreté ou de sa femme et de ses enfants. Tous, sans exception, reprochaient quelque chose à la vie.

Un jour cependant, passant devant une misérable petite isba, le fils du Tsar entendit une voix venant de l'intérieur qui disait :

-  Ah quel bonheur ! J'ai bien travaillé ! J'ai bien mangé ! Je peux désormais aller dormir. Que demander de plus à la vie ?

Le fils du Tsar bondit de joie. Il avait enfin trouvé la perle rare. Il appela ses serviteurs et demanda qu'on entre aussitôt chez cet homme, qu'on lui achète sa chemise à prix d'or et qu'on la porte au tsar, son père.

Les serviteurs s'empressèrent d'investir la maison pour s'emparer de la chemise de l'homme heureux. Mais celui-ci était si pauvre qu'il n'avait pas la moindre chemise sur le dos !

Conte  d'Europe centrale

Une histoire du sage Nasreddine  (8 personnages ou +)

Les habitants d’Akşehir ont besoin d'un sage pour leur apprendre le monde. Ils vont chercher Nasreddine et l'amènent en place publique.

« Que voulez-vous que je vous apprenne que vous ne savez pas ?

─ Tout !                                      

─ Je n'ai rien à faire avec de tels ignorants. »

Et Nasreddine s'en va. Les dignitaires réfléchissent et demandent aux habitants de répondre au grand sage, mais cette fois sans le froisser. Ceux-ci vont à nouveau rechercher Nasreddine qui demande :

« Que voulez-vous que je vous apprenne que vous ne savez pas ?

─ Rien !

─ Alors si vous savez tout, je m'en vais. »

Et Nasreddine s'en va, énervé. Les dignitaires réfléchissent de nouveau et demandent cette fois-ci au peuple un peu plus de compréhension avec une telle sagesse. Ils vont retrouver Nasreddine et le ramènent en ville.

« Que voulez-vous que je vous apprenne que vous ne savez pas ? »

Une moitié crie : « Rien ! »

Et l'autre moitié : « Tout ! »

Alors Nasreddine excédé, dit :

« Hé bien, que ceux qui savent apprennent à ceux qui ne savent pas.

L'éducation d'un sage (une dizaine de personnages ou +) 

Un vieux sage avec un fils qui ne voulait pas sortir de sa maison, car il était complexé par son physique. Il craignait que l'on se moque de lui. Son père lui expliqua alors qu'il ne fallait jamais écouter les gens et qu'il allait lui en donner la preuve.

-  Demain, lui dit-il, tu viendras avec moi au marché !

De bon matin, ils quittèrent la maison, le vieux sage sur le dos de l'âne, son fils marchant à ses côtés. Quand ils arrivèrent sur la place, des marchands ne purent s'empêcher de murmurer :

-  Regardez cet homme. Il n'a aucune pitié ! Il se repose sur le dos de l'âne et laisse son pauvre fils à pied.

Le sage dit à son fils :

-  Tu as bien entendu ? Demain, tu viendras avec moi au marché !

Le deuxième jour, le sage et son fils firent le contraire : le garçon monta sur le dos de l'âne et le vieil homme marcha à ses côtés. A l'entrée de la place, les mêmes marchands étaient là :

-  Regardez cet enfant qui n'a aucune éducation, dirent-ils. Il est tranquille sur le dos de l'âne, alors que son pauvre père doit se traîner dans la poussière. Si ce n'est pas malheureux de voir pareil spectacle !

- Tu as bien entendu ? dit le père à son fils. Demain tu viendras avec moi au marché !

Le troisième jour, il partira à pied en tirant l'âne derrière eux au bout d'une corde.

-  Regardez ces deux imbéciles, se moquèrent les marchands. Ils marchent à pied comme s'ils ne savaient pas que les ânes sont faits pour être montés.

-  Tu as bien entendu ? Demain, tu viendras avec moi au marché !

Le quatrième jour, lorsqu'ils quittèrent la maison, ils étaient tous les deux juchés sur le dos de l'âne. A l'entrée de la place, les marchands laissèrent éclater leur indignation :  

-  Quelle honte ! Regardez ces deux êtres là, ils n'ont aucune pitié pour cette pauvre bête !

Le cinquième jour,  ils arrivèrent au marché en portant l'âne sur leurs épaules. Mais les marchands éclatèrent de rire :

-  Regardez ces deux fous qui portent leur âne au lieu de le monter !

Ainsi le sage conclut-il :

-  Mon fils, tu as bien entendu, quoi que tu fasses dans la vie, les gens trouvent toujours à critiquer. C'est pourquoi tu ne dois pas te soucier de leurs opinions : fais ce que bon te semble et passe ton chemin.

D'après un conte persan

Bucéphale et Alexandre (1 narrateur)

Bucéphale était un cheval d'une très grande beauté, mais aucun cavalier ne pouvait le monter. Il était terriblement nerveux, se cabrait et finissait par desarçonner le cavalier imprudent. Aussi, tous disaient de lui que c'était un cheval méchant et agressif.

Mais lorsqu'on l’amena à Alexandre le Grand, celui-ci se garda  bien de porter semblable jugement. Il examina longtemps l'attitude de la bête et découvrit qu'elle avait tout simplement peur de son ombre. il tourna donc la tête de Bucéphale vers le soleil et, en la maintenant dans cette direction, il put rassurer le cheval et bientôt le monter.

Le roi boiteux (10 personnages ou +)

Il était une fois un roi qui était boiteux. Aussi, pour se faire bien voir, les courtisans ne s'approchaient de lui qu'en boitant point et dans le palais, de l'antichambre à l'office, tout le monde boitait.

Or il advint qu’un jour un gentilhomme, sans doute pas encore bien au fait des coutumes de la cour, oublia sa claudication. Il passa devant le roi, aussi raide qu'un peuplier.

Dans la grande salle du trône, des hallebardiers aux courtisans, tout le monde riait sous cape, sauf le roi, qui murmura à l'imprudent :

-  Monsieur, que ça dire ? Je crois que vous ne boitez pas !

-  Sire, répondit le gentilhomme, vous vous trompez, croyez-le bien. J'ai les pieds couverts de cors. et si je marche plus droit qu'un autre, c'est que je boîte des deux pieds.

D'après le poète et chansonnier français Gustave Nadeau ( 1820- 1893)

La course des grenouilles (12 personnages ou +)

Dix grenouilles voulaient escalader une montagne. Elles se réunirent donc un beau matin devant une foule venue assister à leur départ. Mais les critiques fusaient de toutes parts. Tous doutaient de leur réussite

– Vous n'y arriverez jamais ! Vous feriez mieux d'abandonner tout de suite !

Elles partirent pourtant, à petits pas rapides. Arrivées à mi-parcours, elles croisèrent des lapins et s'arrêtèrent pour leur expliquer leur course. La réaction ne se fit pas attendre :

– Escalader la montagne ! Mais c'est bien trop haut pour vos petites pattes !

Et cinq d'entre elles, exténuées, préférèrent redescendre. Celles qui restaient redoublèrent d'effort. Plus haut au milieu d'une forêt de sapins, elles croisèrent des marmottes.

– Ces hauteurs ne sont pas pour vous ! Pour des grenouilles, cette ascension est une vraie folie ! s'exclamèrent-elles.

Pourtant, trois grenouilles poursuivirent. Tant bien que mal elles avançaient, petits sauts par petits sauts Des bouquetins, les voyant ainsi se trainer, se moquèrent d'elles.

– Vous ferez mieux de redescendre ! À ce rythme, il vous faudra au moins un mois…

Et cependant, l'une d'entre elles réussit malgré tout à atteindre le sommet. Lorsqu'elle redescendit, tous les curieux la questionnèrent :

– Comment avez-vous pu réussir ?

Elle répondit seulement :

– Quoi ?

Ils répétèrent en criant :

– Comment avez-vous fait pour réussir pareil exploit ?

Elle répéta :

– Quoi ? Quoi ? Quoi ?

En fait, cette grenouille était sourde, tout simplement.

L'enfer et le paradis (2 personnages)

Un jour, on demanda à un sage de donner sa vision du paradis et de l'enfer.

- En enfer, dit-il, je vois des hommes qui sont attablés devant de grands plats de riz, mais ils meurent de faim, car les baguettes qu'ils ont pour manger sans langues de 2 m. Ils ne peuvent pas s'en servir pour se nourrir. Au Paradis, je vois les mêmes hommes assis à la même table et tenant les mêmes baguettes. Ils sont heureux et en bonne santé car chacun se sert de ses baguettes pour nourrir celui qui est assis en face de lui. D'après un conte chinois

Le royaume des béquilles (10 personnages ou +)

Le roi d'une province éloignée de l'Inde tomba un jour de cheval et se brisa les jambes. On eut beau faire appel à tous les médecins, aucun d’eux ne put lui en rendre l'usage et le roi dut marcher avec des béquilles

Or comme ce roi était d'un naturel coléreux, il ne supporta pas son invalidité. Voir les gens de sa cour marcher sans effort le mettait en fureur. Aussi fit-il publier un décret obligeant tous les sujets de son royaume à porter comme lui des béquilles. Du jour au lendemain, tout le monde se traîna sur des bouts de bois. Il y en avait bien quelques-uns qui tentèrent de résister, mais la police du Royaume ne plaisantait pas, et ces dangereux provocateurs furent mis à mort. Les mères apprirent dès la naissance à leurs enfants à marcher avec des béquilles. Et, comme le roi vécu très vieux, les anciens disparurent, emportant avec eux le souvenir du temps où l'on marchait sur ses jambes.

A la mort du roi, quelques vieillards essayèrent bien d'abandonner leur béquilles. mais leurs corps usés en avaient désormais bien besoin. Et, lorsqu'isl racontaient aux jeunes qu'autrefois... on leur riait au nez.

Quelques jeunes intrépides essayèrent tout de même de faire comme il disait, mais il se cassait la figure, devenant la risée de tous.

- Vous voyez bien que c'est impossible ! leur affirmait-on. Ce ne sont là que de belles légendes, et qui serait assez fou pour croire aux légendes ?

D'après un compte de l'Inde

Conte de la barrière  (2 personnages)

Il était une fois un garçon avec un sale caractère. Son père lui donna un sachet de clous et lui dit d'en planter un dans la barrière du jardin chaque fois qu'il perdrait patience et se disputerait avec quelqu'un. Le premier jour il en planta 37 dans la barrière. Les semaines suivantes, il apprit à se contrôler, et le nombre de clous plantés dans la barrière diminua jour après jour : il avait découvert que c'était plus facile de se contrôler que de planter des clous.

Finalement, arriva un jour où le garçon ne planta aucun clou dans la barrière. Alors il alla voir son père et il lui dit que pour ce jour il n'avait planté aucun clou. Son père lui dit alors d'enlever un clou dans la barrière pour chaque jour où il n'aurait pas perdu patience. Les jours passèrent et finalement le garçon pu dire à son père qu'il avait enlevé tous les clous de la barrière. Le père conduisit son fils devant la barrière et lui dit :

"Mon fils, tu t'es bien comporté mais regarde tous les trous qu'il y a dans la barrière. Elle ne sera jamais comme avant. Quand tu te disputes avec quelqu'un et que tu lui dis quelque chose de blessant, tu lui laisses une, blessure comme celle là. Tu peux planter un couteau dans un homme et après lui retirer, mais il restera toujours une blessure. Peu importe combien de fois tu t'excuseras, la blessure restera. Une blessure verbale fait aussi mal qu'une blessure physique.’’

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